Vivre et pratiquer en monastère en Chine


Vivre en monastère est une expérience dans l’espace et dans le temps.

Dans l’espace parce qu’ici nous vivons dans la forêt, le monastère y est niché, il en fait partie. Nous faisons l’expérience d’une autre perception de l’espace parce que nous vivons toutes nos journées dehors, en contact avec la nature, le ciel, les cycles du soleil, le vent, les odeurs variées, les bruits, les mouvements et les transformations de la nature. Nous ne sommes confinés à l’intérieur d’un espace clos, en l’occurrence notre chambre, que pour y dormir.  L’espace de notre vie s’agrandit, nous percevons notre lien naturel avec les arbres, les fleurs, les oiseaux, les insectes, avec la vie.

Vivre en monastère, c’est aussi faire l’expérience du temps sans dépendances, sans obligations, sans limitations. Bien vite, nous ne savons plus le jour et la date du calendrier des hommes, nous retournons à ce temps sans emprise, où les premiers rayons du soleil nous éveillent à la vie,
où les étoiles dans le ciel nous accompagnent vers le sommeil. Le temps, ici, c’est ce que nous expérimentons, ce que nous découvrons aussi à travers la pratique.

La vie au monastère est rythmée par la pratique. Pratiquer est naturel, quelques soient les styles, les formes enseignés. La pratique est un outil nécessaire à l’épanouissement de l’homme. Pratiquer chaque jour, c’est entretenir et renforcer un lien étroit avec soi-même. Ce lien est fait de trois fils : apprendre de son corps, apprendre de son cœur, apprendre de son esprit.
Chaque jour, nous commençons nos journées par la pratique aux environs de 8 h. Nous faisons une pause à 10 h pour manger un bol de nouilles et retournons à la pratique jusqu’à 17 h, petite pause et repas du soir. Certaines nuits, sous la voûte céleste, nous méditons. Nous ne choisissons pas ce que nous voulons apprendre ou pratiquer, nous mettons notre apprentissage dans les mains du Maître (Shifu). Ici, point de division, de séparation entre le Qi gong, le Tai ji quan, la méditation… nous les pratiquons sans distinction, chacune des pratiques nourrissant, induisant l’autre. Les enseignements de la pratique sont au-delà de la forme et des noms que nous leur donnons, chaque forme contenant toutes les autres. Nous nous en remettons à l’expérience du Shifu pour explorer par nous-mêmes les techniques et les enseignements millénaires sans a priori et sans attente. Nous en faisons l’expérience, ouverts à ce que nous ne savons pas, à ce que nous ne comprenons pas, à ce qui nous est inconnu.

Vivre l’expérience de la vie en monastère, c’est aussi  rencontrer les pèlerins de passage, partager les corvées du cuisinier, boire du thé en discutant avec le Shifu, avoir le temps à soi, le temps de vivre, le temps de l’essentiel.

Vivre l’expérience de la vie en monastère taoïstes ou bouddhistes en Chine, c’est boire à l’eau de la source des enseignements, c’est faire l’expérience millénaire de l’apprentissage de soi et du monde qui nous entoure, c’est retrouver l’espace et le temps de ce qui est nécessaire à notre épanouissement, à notre humanité.

Valérie Pourtier